samedi 2 juin 2012

Je m'équipe

Après mûre réflexion j'ai acheté mon propre tour : un Tab 040 de Leman, trouvé à 360 € chez FTFI.
C'est une petite machine (qui ne pèse que 45 kg, une paille à côté de ses grandes soeurs), mais bien fichue et qui permet de tourner pas mal de choses. Elle a un système de 6  vitesses manuelles : on ouvre le capot et on déplace une courroie, à la main, et à l'arrêt évidemment. Rustique, mais solide !
Principale limitation : je ne peux tourner dessus que des pièces de 40 cm de long ou 30 cm de diamètre. Je dis « ou » car les deux à la fois feraient un morceau de bois un peu lourd pour le moteur !

Leman Tab 040, 45kg d'amour et de fonte.

Comme je ne pouvais pas poser le tour sur la table de jardin en plastique, il me fallait un établi.
Les établis du commerce sont assez coûteux, autour de 300 € pour les premiers prix, donc j'ai préféré le fabriquer moi-même.
Je me suis servi de ce tutoriel que j'ai trouvé bien pratique. Structure en poutres et tasseaux de sapin, assemblage en tourillons et colle à bois, plus deux planches en agglo et deux roulettes pour le déplacer facilement : c'est étonnamment solide. Il est moins beau que le modèle mais tout aussi fonctionnel :)

Notez l'astucieux système à base de boîte en carton
pour un rangement commode des outils :)

Bien sûr, avec des outils, c'est plus sympa : j'ai donc investi dans un jeu de ciseaux et gouges pour tournage (il faut un acier bien plus résistant que pour la sculpture sur bois), des mandrins pour tenir le morceau de bois sur le tour, des papiers de verre de différents grains pour le ponçage, du vernis et de la cire pour les finitions. Et de quoi se protéger un minimum : gants et lunettes de savant fou.

« Les gouges Hamlet : du matos qui en jette. »
(Slogan refusé)

Une fois tout cela en place je n'ai pas résisté à tourner tout de suite une petite pièce avec le premier morceau de bois qui me tombait sous la main, ici un morceau de châtaignier pris dans le tas de bois de chauffage... Eh bien je trouve qu'il a un très joli veinage, pour du bois « peu noble » !
Quelques fentes apparentes, hélas c'est souvent le cas pour du bois dont on n'a pas préparé le séchage...
Pas grave, je suis très content !

Coquetier et oeuf
Châtaignier du jardin
Vernis mélamine, cire de carnauba

lundi 7 mai 2012

Premières mesures

Un deux. Un deux. On m'entend là ?
La foule en délire :
Oui.
Alors voilà. Bonjour le monde, comme on dit chez les informaticiens.
J'ouvre ce blog parce que j'ai envie de partager ma marotte du moment : le tournage sur bois.
Aparté : je dis "du moment" avec une feinte désinvolture, mais je préfèrerais que ça me dure un peu. J'ai la fâcheuse tendance à m'enthousiasmer pour des trucs dans des proportions déraisonnables, puis à m'en lasser sans que j'y puisse rien peu de temps après. C'est ainsi que je me suis précédemment lancé dans le monde de la Musique en faisant 3 mois de clarinette en état d'euphorie complète, et pourtant, depuis un an, mon malheureux instrument d'amour croupit dans son étui avec pour seules compagnies les araignées. Je croise donc les doigts (on pourrait dire aussi "je touche du bois", huhu) pour que les choses me soient plus durables cette fois-ci.
C'est quoi donc le tournage sur bois ?
Eh bien c'est une méthode ancienne pour façonner un bout de bois. On le coince entre deux pointes, on le fait tourner, on approche un ciseau (oui c'est agréable de pouvoir légitimement dure "un" ciseau) et ça taille bien joliment le bois si on sait faire. On obtient au choix : un bougeoir, un pied de chaise, un piquet de jardin, un rouleau à pâtisserie. Les possibilités sont infinies... dans la limite des volumes à symétrie de révolution : c'est-à-dire les formes qui tournent autour d'un axe. Ce qui n'est pas si infini que ça, mais ça laisse une bonne marge.

Formes possédant une symétrie de révolution
(sauf les fioritures en haut, et la tête du cavalier).
Image pompée directement sur Wikipédia,
dont la page sur le sujet est bien austère.


Pourquoi le tournage sur bois ?
J'ai toujours aimé fabriquer des choses avec mes petits doigts. Jusqu'à un âge avancé je fabriquais tous mes cadeaux, et je suis très content de pouvoir recommencer. Par ailleurs, dans la vie de tous les jours je programme des machins sur Internet ; ça me plaît bien de créer du physique, du concret, dans mon temps libre, pour contrebalancer tout ce virtuel.Et puis ça me semble plus juste, plus important, plus primordial de fabriquer un bol en bois qu'un jeu vidéo. Allez savoir pourquoi, et c'est bien plus dur d'en faire son gagne-pain, mais j'y trouve beaucoup de fierté en tout cas !

Comment le tournage sur bois ?
Autrefois on faisait tourner le bois avec une méthode de propulsion à base d'enfant. Non sans rire, avec une grande pédale comme sur les vieilles machines à coudre on créait le mouvement soi-même, ou en y mettant un enfant. Aujourd'hui avec la baisse de natalité on utilise plutôt une grosse machine électrique en fonte. C'est tout bénef : ça tourne plus vite et ça se plaint moins.
Par contre les outils ont à peu près la même forme qu'il y a cinq siècles, j'y viendrai.
Bref, le bois tourne, on pose un ciseau sur un support fixe bien solide, on l'amène contre le bois et la forme se creuse très rapidement. C'est assez fascinant de voir le bois se déformer en temps réel, comme avec la poterie on dirait que le matériau est de bonne volonté et s'adapte de lui-même... ( Quand tout se passe bien car les plantages arrivent souvent !)
Ensuite, toujours sur le tour, on ponce avec des papiers de verre de plus en plus fins, on lustre avec des copeaux et du cuir, et on finit si on veut avec un vernis et une cire. Ça donne une belle surface bien lisse, bien brillante, à cent lieues du grossier rondin qu'on a mis sur le tour quelques heures avant...

Les débuts
Pour bien commencer j'ai fait un stage chez Jo Deronzier, tourneur depuis deux générations, quelque part dans un charmant coin de Haute-Savoie. En trois jours, il m'a appris tout ce qu'il faut savoir pour commencer dans de bonnes conditions : comment tenir l'outil, creuser le bois, mais aussi choisir le sens du bois, le fixer sur le tour, faire de belles finitions...
Joseph est un gars épatant et si vous cherchez vous aussi à découvrir le tournage je vous conseille d'aller faire un tour par chez lui.
Dans ces trois jours j'ai fait avec lui :


Bougeoir en trois parties
Poirier, frêne et noyer
Vernis fondur, cire de carnauba

Boîte à aiguille et anneaux captifs
(les anneaux sur le pied ont été taillés dans la masse)
Aiguille en genévrier, le reste en cerisier
Vernis fondur, cire de carnauba

La même oùsqu'on voit en-dedans

Maillet pour sculpter le bois
(j'ai aussi des gouges de sculpteur,
elles n'ont pas trop servi encore)
Merisier
Vernis fondur, cire de carnauba

Bol avec fente apparente
Charmille
Vernis fondur
(Techniquement c'est Joseph qui a fait ce bol pour servir d'exemple,
mais j'ai donné le mien à ma soeur et son chéri qui m'ont hébergé
si gentiment durant le stage. Je n'en ai pas de photo mais il est
identique, sans la fissure.)

Bague pour ma chérie
Bois de rose
Vernis fondur, cire de carnauba

Voilà... Trois jours bien productifs et dont je suis rentré très content.
La bague m'a donné du fil à retordre (le fil du bois, hohoho), je ne l'avais pas faite très régulière au départ et il m'a fallu bien du ponçage pour améliorer le résultat... Au final j'en suis content, même s'il me faudrait un vernis brillant beaucoup plus résistant : actuellement, quand elle est portée, la cire part en moins d'une journée !